Le festival du CouCou Puissant, un festival inter-occupations

Depuis février 2017 la FéBUL mène une recherche sur les occupations temporaires autogérées, dont l’un des piliers est le travail mené par un groupe d’occupants issus de différents habitats temporaires. Après avoir mis sur pied un intranet et prévu l’aménagement d’un bureau, ce groupe a organisé un festival dont les objectifs étaient, entre autres, de renforcer les liens entre occupations et de rendre visibles les activités qui prennent place dans les dix lieux ayant participé au festival. Celui-ci a également accueilli des moments de réflexion, notamment lors de la soirée d’ouverture, où un débat sur l’occupation de bâtiments a suivi la projection du documentaire Heron City. Pour mieux comprendre comment ce festival est né et les enjeux qu’il a soulevés, nous vous livrons ci-après une interview de Sean Wanschoor, chargé de recherche à la FéBUL.

 

Comment est née l'idée de ce festival ?

Initialement, le concept d’un festival a été évoqué la première fois lors d’un débat inter-occupation qui s’était tenu à la Poissonnerie en novembre 2017. Je me souviens qu’un des participants avait parlé du Festival des Ouvertures Utiles (F.O.U.) qui se déroulait à Paris depuis plus d’une dizaine d’années. Depuis cette date, comme la recherche participative commençait à se concrétiser sur le terrain, le groupe de travail « occupants » à mentionné la création d’un festival inter-occupation comme l’une des actions possibles. C’était en mars 2018. Durant le printemps et l’été, un groupe « d’organisateurs » composé d’une demi-douzaine d’occupant.es issu.es de plusieurs occupations ont travaillé à l’élaboration de ce festival qui s’est tenu en octobre. 

 

Quelles étaient les attentes des organisateurs ?

Globalement, il s’agissait de suivre la voie tracée par le F.O.U. de Paris. Deux lignes directrices sous-tendaient le festival du Coucou Puissant : (1) créer du lien entre les occupations bruxelloises par les rencontres et les échanges afin de renforcer le milieu des occupants ; (2) ouvrir ce monde opaque au public extérieur afin de montrer la richesse humaine de ces lieux. Au niveau organisationnel, il était important pour nous de laisser le plus d’autonomie possible à chacun des lieux participants. Notre « travail » organisationnel s’est limité à : prévoir un planning pour les 11 jours de festival, communiquer les évènements via un site internet et des agendas de médias alternatifs, aider ponctuellement durant certaines activités.

 

Quel type d'occupations était représenté lors du festival ?

Un peu de tout. Il y avait une majorité de lieux conventionnés, avec leur différence en termes d’espace et/ou de types d’organisations. Nous avons aussi voulu intégrer des squats à la dynamique participative, la frontière entre occupation et squat étant moins strict que ce qui peut être dit par ailleurs. Je dirais même plus, il était important pour nous de ne pas exclure les lieux sans convention du festival, et de continuer à laisser exister cette pratique malgré l’arrivée de la loi incriminant l’occupation de bâtiments vides.

 

Quel moment/activité du festival as-tu préféré, et pourquoi ?

L’ouverture du festival à la Poissonnerie le jeudi 4 octobre. C’était un moment très tendu, puisqu’il s’agissait de lancer le festival sur de bonnes bases. J’ai été très content de voir l’engouement que cela a suscité. Il y avait environ 80 personnes, la Poissonnerie était remplie. Et surtout, j’étais content de voir des personnes de tout type d’occupations et un public également extérieur à ce milieu. La projection était intéressante et le débat qui s’en est suivi a permis d’avoir un premier tour de table des enjeux que vit le mouvement bruxellois des occupations depuis plusieurs années : une institutionnalisation croissante des occupations temporaires sous convention et une répression plus forte pour ceux qui choisissent d’occuper sans accord préalable du propriétaire. Si on n’y prend pas garde, le paysage bruxellois risque de bien changer dans les prochaines années…

 

Le festival sera-t-il organisé l'année prochaine ?

Bien sûr, et la volonté est qu’il continue après la recherche, de manière autonome et autogéré. La recherche a permis de donner un coup de pouce au festival, mais l’objectif est évidemment qu’il s’organise au niveau des seules occupations. Pour l’année prochaine, on espère élargir la dynamique organisationnelle à davantage d’occupations. 

 

 

 

Photos prises par Jérémy Bernard