Contrat de Quartier Durable (QCD) Marolles : pour tous ?

En mars 2017, la Région de Bruxelles-Capitale approuvait le lancement d’un Contrat de Quartier Durable (CQD) pour les Marolles, projet porté par la Ville de Bruxelles. L’objectif était de « contrebalancer la pression grandissante que le Sablon exerce sur le quartier, […] pression immobilière et touristique grandissante menaçant son identité et son accessibilité » (déclarations du Ministre-Président Rudi Vervoort et de l’Echevine Ans Persoons). Le bureau d’études rappelait lui aussi dans son diagnostic que l’objectif premier des contrats de quartiers est de « venir en aide à des populations de quartiers en difficultés sociales, économiques, d’améliorer le cadre de vie et le quotidien des populations en place ».

Un an plus tard, les ‘fiches projets’ sont soumises à l’enquête publique et à la surprise générale, elles s’écartent grandement des intentions citées ci-dessus. Plutôt que de se concentrer uniquement sur des mesures visant à améliorer les conditions de vie des habitants des Marolles, ce contrat de quartier laisse beaucoup trop la part belle à des investissements moins prioritaires, fort coûteux et tape-à-l’œil.

En effet, c’est un programme aux projets clinquants qui a été mis sur la table. Il se concentre sur les parties touristiques des Marolles (rue Haute, rue Blaes, place du Jeu de Balle), négligeant les intérieurs d’îlots et les rues à l’écart, utilisés par les gens du quartier et qui sont dans un mauvais état voire totalement abandonnés. La priorité a été mise sur la scène extérieure : sur l’embellissement des façades (de l’Eglise des Minimes, qui, en plus, est hors périmètre), sur la rénovation et la mise en lumière de la place du Jeu de Balle et pire encore sur la réhabilitation des rampes du Palais de Justice, un projet qui coûterait à lui seul 1 million(s) d’euros.

Des habitants et des associations actives sur le terrain, comme l’Union des locataires Marollienne, craignent que ce programme « tape-à-l’-œil » ait comme conséquence inévitable d’augmenter drastiquement les loyers. C’est pourquoi, ils se sont rassemblées et ont lancé une pétition « Les Marolles doivent rester un quartier populaire » en vue de la Commission de Concertation prévue le 28 mars dernier.

Cette pétition a récolté près de 6000 signatures, venant d’associations et habitants et usagers du quartier mais aussi de touristes des 4 coins du monde qui apprécient tous le côté encore populaire et authentique de ce quartier historique de Bruxelles!

 

Que demandent-ils ?

Un chiffre symbolique de 100 nouveaux logements (au lieu des 33 nouveaux logements comme proposé dans le CQD), destinés en priorité aux habitants à faibles revenus. Un chiffre possible à atteindre si on travaille en priorité sur les projets de relogement et de rénovation, qui sont actuellement laissés en réserve ; avec la garantie de loyers assimilés à ceux du logement social pour une durée illimitée pour les logements publics et pendant 18 ans au minimum pour les logements privés et en mettant la priorité sur la réhabilitation des logements vides publics ou privés.

Ils demandent aussi une transparence sur tous les logements appartenant aux pouvoirs publics dans le quartier (CPAS, Régie foncière) avec l’inventaire des adresses, loyers, charges et modes d’attribution.

Et si ces logements publics pouvaient être tous loués à des loyers assimilés sociaux, il est certain qu’avec toutes ces mesures, le chiffre de 100 logements serait atteint et même largement dépassé.

 

Une manifestation en masse

Ce sont 57 réactions (dont 3 pétitions de respectivement 38, 14 et 18 signatures) à l’enquête publique qui s’est déroulée du 17/02 au 18/03/2018 et la pétition susmentionnée, qui ont été remontées au Comité de Concertation du 28 mars.

Des revendications qui insistent sur la nécessité de prendre en compte d’abord, surtout les besoins du quartier et de ses habitants. Un besoin de logement pour les plus démunis. Un besoin d’investir dans les initiatives locales, comme celui de soutenir les restaurants sociaux existants plutôt que d’investir dans un nouveau restaurant à économie sociale avec un coût de 1,3 millions d’euros. Un besoin d’infrastructures adaptées à un public précarisé, comme la mise en place de douches gratuites pour les SDF aux Bains de Bruxelles, et davantage de WC gratuits. Un besoin de déchetterie pour le brol invendable, plutôt que la mise en place d’une ressourcerie, elle aussi très coûteuse et moins prioritaire. Ou encore finalement, un besoin d’aménagement des intérieurs d’îlots et des rues à l’écart des flots touristiques, pour en faire des espaces de respiration pour les habitants et une rénovation des pavés de toutes les rues où c’est utile (et pas seulement les rues touristiques) et de la place du Jeu de Balle, avec une intervention limitée à l’entretien et aux réparations et un phasage permettant au vieux marché de continuer à s’exercer.

Ce vendredi matin, le Collège communal aurait approuvé le programme de base, en citant l’avis de la Commission de concertation. Un habitant du quartier réagit : « Tout n’est pas (encore) plié. Il s’agit du vote au Conseil Communal. Mais ça montre bien la volonté du Collège de “passer en force”. Faudra voir le résultat du débat au Conseil Communal (est-ce que le Collège va lâcher du lest ?). Et puis il faudra voir surtout ce que le gouvernement régional en fera (majorités politiques légèrement différentes) ».

 

Ce lundi 23 avril, la décision reviendra donc au Conseil communal. Les avis formulés le 28 mars seront-ils bien pris en compte ? Les revendications massives seront-elles entendues ?

L’identité populaire des Marolles sera t-elle préservée ? C’est une affaire à suivre…