Clap de fin pour la recherche POTA

Après 3 ans, la recherche POTA se clôture. Cette recherche visait 3 objectifs: la mutualisation des savoir-faire et compétences, la mise en place de pistes de viabilité économique et la création d’un espace d’échange inclusif. Ces objectifs s’articulaient autour d’une finalité: la facilitation de la mise en place d’occupations temporaires autogérées comme une des sources pragmatiques de la crise du logement en région bruxelloise. En prenant du recul, quel ensemble se dégage donc de POTA au terme de ces trois années?

Premièrement, cette étude nous a permis de participer activement (et faire éclore) des actions telles que le premier festival inter-occupation de la région ; le film « L’extinction de l’espace », si bien accueilli par les différents publics à qui nous l’avons dévoilé ; l’Observatoire des Occupations, qui représente une plateforme virtuelle et une vitrine du milieu de l’occupation temporaire unique ; les guides à destination des occupants et des propriétaires enfin, qui témoignent d’un accomplissement en terme de partage de savoir-faire et pratiques en vue de faciliter l’occupation temporaire autogérée sur le territoire de la Région. Enfin, en raison de la richesse du dynamisme de l’occupation temporaire autogérée, nous sommes confiants dans la faculté de cette mouvance de continuer à porter les différentes actions initiées dans le cadre de POTA. À coup sûr, ce n’est pas parce que la recherche s’arrête maintenant que ces actions disparaissent. 

D’autre part, le travail de recherche a permis de mettre en lumière deux enjeux… et deux approches résilientes. Nous tenions à placer POTA dans une perspective résiliente. Après tout, c’est l’un des points nodaux de l’action co-create d’Innoviris. Nous préférons évoquer en réalité deux niveaux de résilience, face à deux enjeux : l’un propre au milieu de l’occupation temporaire ; l’autre plus large, qui touche à notre capitale et plus largement à notre monde socio-économique. 

Le premier niveau est très concret: l’occupation temporaire selon les valeurs et pratiques de l’auto-gestion, se raréfie en région bruxelloise, au détriment d’autres visions de l’occupation. Cette disparition se manifeste d’un côté par une répression et une diminution des possibilités d’occupation pour certains collectifs (la loi anti-squat ; la restriction de l’accès aux données des propriétaires) ; de l’autre par l’arrivée massive et irrésistible d’une vision de l’occupation city-market portée par les pouvoirs régionaux et privés. Cette arrivée se matérialise par une disparition du logement sur les grands sites vides mis à disposition d’occupations temporaires, par une professionnalisation généralisée des acteurs de l’occupation, enfin, par une réglementation des pratiques. Dans ce contexte, POTA et ses actions ont donc tenté de concrétiser une résilience au moyen d’une mutualisation des savoir-faire et connaissances ; au moyen de pistes de viabilité économique et d’un espace d’échange inclusif. Il s’agit bien ici d’une résilience au niveau régional et interne aux occupations temporaires véhiculant certaines valeurs et pratiques définies dans le cadre conceptuel. 

Le deuxième niveau de résilience est plus abstrait. Nous estimons que le droit à la ville est bafoué par le système économique et politique actuel. Cette mise en boîte de ce droit se traduit notamment par une impossibilité d’assouvir ses besoins primaires pour un certain nombre de bruxellois: logement inadéquat ou absent ; difficulté de se nourrir, de se vêtir correctement ; difficulté de se soigner, d’avoir accès à certaines infrastructures de la ville (parc, sport, centres culturels, etc.) en raison, par exemple, d’une augmentation de loyer trop importante dans certains endroits. Nous posons l’hypothèse que le futur porte en lui le risque de voir ce droit à la ville diminuer au fur et à mesure que l’Etat ne sera plus en mesure de remplir son rôle social. Cette hypothèse se construit autour de publications portées par une série de chercheurs, qui s’inscrivent dans une logique « collapsologique » de notre système. Bien que ce futur soit hypothétique, la situation présente démontre de toute façon que les valeurs et pratiques portées par les occupations temporaires autogérées constituent des modèles de vivre en ville utiles et intéressants pour Bruxelles. C’est en cela que ce qui est pratiqué et porté par ces occupations s’édifie comme une approche résiliente dans un système atomisant les relations sociales entre individus, d’abord pour le présent, mais aussi pour l’avenir, incertain. 

 

Sean Wanschoor 

En charge de la recherche POTA